D'hier à aujourd'hui

" Son message est d'une grande importance…
Machet captait la vie où elle se trouvait, mais il savait aussi la donner à
tout objet, toute attitude qui fixait son attention.
Ainsi il insistait sur le rôle essentiel de la sculpture qui est d'arriver,
avec des matériaux qui sont toujours les mêmes,
à créer des formes qui ne sont jamais les mêmes. Comme le poète exprime une
émotion toute neuve avec des mots qui ont déjà beaucoup servi… "
Extrait de Michel Boutin Ils sont aux portes de la célébrité Amateur d'Art nov. 1980
" La première
chose à dire est la qualité de son silence…
Le secret de Machet est à l'intérieur du bronze, derrière ses yeux creux,
et les courbes extérieures n'en sont qu'un rappel.
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Combien fit-il
ainsi de portraits d'âmes, transfigurant ses enfants, ses amis, dans des zones
intemporelles ?
Il faisait si peu de cas de la courbe physique du menton, que trois courtes
séances à parler avec son modèle lui suffisaient pour transpercer avec acuité
sa vie profonde, et c'est seul dans son atelier qu'il donnait vie à ses bustes…
Il émane à jamais de ces têtes une très haute idée de l'homme, échoué sur les
marges du cycle des mortels… Ces figures resteront… Elles restent le don d'un
homme visionnaire, qui passa sa vie à donner forme à la face cachée de l'Essentiel.
Sans tapage, sans dispersion. Je crois qu'il fut heureux . Janvier
1982
Extraits de Martine Gayot, Charles Machet (1902-1980) dans Catalogue des Indépendants, 1982
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| A Lochieu, toute une galerie de portraits attend le visiteur. Il découvre | |
Louis Pradel |
René Basset " photo invitation " |
Fernand Rude |
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Dans
notre région Rhône-Alpes, qui ne connaît pas au moins
une œuvre de Charles Machet qui n’a vu surgir, dans une courbe
de la route de Genève, cette grandiose figure de proue (18 mètres
de haut, 10 mois de travail*), La France de la Résistance, qui
détache sa blancheur d’une falaise abrupte ? Le Monument
aux Maquis de l’Ain, exemple à méditer d’une
sculpture intégrée à l’environnement. Mais
peu nombreux ceux qui pourraient nommer l’auteur de cet hommage
de pierre. J’étais curieux de le connaître. J’appris
qu’il avait surgi lui aussi de ces rocs du Bugey, où dès
1814 et 1815, avait soufflé l’esprit de résistance
à l’invasion. Quatre
ans plus tard, en 1931, Charles MACHET obtient une bourse d’études
pour aller à Paris ; venait d’y mourir un bon sculpteur
de notre région, le Viennois Joseph Bernard. Niclausse, alors
professeur aux Arts Décoratifs s’intéresse à
Machet : “ Voilà un type qui vous vient de la terre, s’écrie-t-il,
mais qui pourrait vous enseigner à tous !” Le jeune artiste
a tout loisir d’admirer les grandes œuvres de Rodin, de Bourdelle,
mort deux ans auparavant le ciseau à la main. Les formes simples
et pleines de Maillol le séduisent, mais il regrette qu’elles
tombent parfois dans la vulgarité. Il peut voir travailler François
Pompon, le maître animalier bourguignon, à l’âge
de 76 ans. Et il en est resté quelque chose à MACHET :
on peut voir ici son Chat en colère, taillé dans un bloc
de noyer, et son Blaireau de granit bleu, massif et rusé comme
un homme de loi, pour reprendre l’expression d’André
Sèverac. Il admire les portraitistes : Charles Despiau, Marcel
Gimond ; il a l’occasion de rencontrer celui-ci, et il le retrouvera
à l’Ile-Barbe sous l’occupation. Et puis il va en
pèlerinage artistique à la cathédrale de Chartres,
chantée par Péguy, et à son Portail Royal, un des
sommets de l’art roman français. Car Charles MACHET compte
parmi ceux qui, après Albert Gleizes, ont contribué à
remettre en honneur l’art roman, un art véritablement religieux
et qui l’a si profondément marqué, en union avec
sa femme. |
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Avec elle, il découvre aussi les peintres : Vélasquez, Manet et les Impressionistes, Gauguin…; les poètes : Baudelaire, Rimbaud, Valéry… Les musiciens : Bach, Ravel, Strawinsky…et le théâtre : les deux lyonnais, ou presque, Gaston Baty, Charles Dullin et son inoubliable “ Atelier”, Louis Jouvet, Georges et Ludmilla Pitoëff… Il lit André Malraux : pas encore ses livres d’art, bien sûr, mais sa Condition humaine…. |
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| Ses années parisiennes sont capitales pour la formation de Charles MACHET, qui se passionne déjà pour le portrait. | |
| Mais en 1933, il est nommé sur concours (il l’avait emporté sur cinq autres concurrents) professeur de sculpture à l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne, qu’il quittera neuf ans plus tard, toujours sur concours, pour celle de Lyon où il devait rester jusqu’à sa retraite, en 1966. Mon fils m’a parlé de son autorité bienveillante, de sa rapidité, de la sûreté de son coup d’œil, de sa virtuosité ; il m’a raconté comment d’une seule claque sur la terre glaise, il savait corriger et redresser une ébauche maladroite, tout en respectant au maximum la spontanéité de l’élève. Machet savait que la seule chose que l’on puisse apprendre, c’est une méthode pour apprendre. |
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En cette même année 1966, paraît une plaquette***, contenant un choix de photos qui donne un aperçu d’un travail obstiné à l’écart des courants à la mode. Sa première exposition personnelle…imaginaire, comme il se plaît à le dire lui-même. En guise d’introduction, une agréable étude de Raymond Charmet, intitulée Machet, art sacré et ardent. |
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L’année suivante, en Côte d’Ivoire, à Abidjan, dans le hall de l’Hôtel Ivoire, Charles MACHET expose ses statues et ses bustes, qu’admire le Président de la République Houphouët Boigny. En quelques entrevues ( car il n’a fait guère que l’entrevoir), MACHET modela dans la terre glaise le beau portrait qui, coulé en bronze, fut plus tard remis au Président par la Ville de Lyon. Ce buste témoigne de la capacité de renouvellement dont fait preuve cet artiste que sa rencontre avec l’art nègre au Musée d’Abidjan a si heureusement impressionné. |
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| A l’Exposition de peinture et sculpture de Rueil-Malmaison, en octobre 1969, ses sculptures voisinent avec celles de douze autres créateurs, les deux grands anciens Rodin et Bourdelle, Gimond, Zadkine, avec aussi les peintures, dessins et graures de Bourdelle encore, d’Estève, Marcoussis, Picasso, Veira da Silva… | |
| En décembre 1970, à Mantes-la-Jolie, la bibliothèque Georges Duhamel organise une Première rencontre de dix artistes contemporains. Machet est là, avec deux autres lyonnais, les peintres Cottavoz et Lachièze-Rey. Il expose dix petites sculptures sur un fond de gravures en couleurs destinées à illustrer Le chant du monde de Giono. | |
| Enfin, cette exposition-ci, la plus importante, bilan de quarante ans d’activité créatrice, rassemble des sculptures ( plus de 60 pièces, dont près de la moitié sont des portraits), de nombreux pastels, visions très colorées, d’une fraîcheur surprenante, qui font penser aux primitifs, voire à ces peintres de l’instinct et du cœur qu’on appelle les naïfs. Des dessins aussi, toutes recherches très variées. | |
| Je signalais plus haut le goût de Charles MACHET pour la poésie, de Baudelaire à Valéry. A cette liste manque Théophile Gautier. Car le rapprochement me paraît s’imposer entre la démarche du sculpteur et celle d’un homme qu’inspirait un amour ardent de la beauté, et dont les poèmes ressemblent, nous dit Baudelaire, à des sculptures : | |
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| Ne croirait-on pas voir Charles MACHET taillant le granit ou le calcaire (pas le marbre, qu’il trouve trop froid ), animant la falaise de Cerdon, gravant un vers d’Aragon, le denier vers de cette Chanson du franc-tireur parue dès avril 1943, à l’heure des premiers accrochages dans notre région : | |
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| Les combats entre les Allemands et le maquis devaient se multiplier en 1944. Après ceux du 11 juillet, Cerdon peut recenser 57 maisons totalement détruites et compter 10 morts et 12 déportés. On comprend l’émotion de MACHET qui, en ce temps-là, dans sa petite maison de Limonest, donnait parfois asile au fondateur du Coq enchaîné, le docteur Jean Fousseret et à son poste émetteur. | |
| Raymond Charmet voit dans le Monument de Cerdon comme une Marseillaise de Rude qui “ refuse l’agitation… calme et implacable”. “ Pas si calme !” me fait justement remarquer l’artiste. Il y a là, en effet, tout un mouvement : | |
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| Voilà ce que Charles MACHET a voulu traduire dans la pierre. Plus encore qu’à La Marseillaise, je songe à Jeanne d’Arc, la jeune paysanne qui, à l’appel de ses voix, s’apprête à partir pour une croisade libératrice, avec cette ardeur contenue, cette résolution inébranlable qui se dessinent sur son visage, et aussi cette tristesse… | |
C’est peut-être des Lutteurs que j’admire le plus le mouvement. Et il est regrettable que la Ville de Lyon n’ait pas réalisé ce projet. Car Charles MACHET connaît très bien les admirables propos de Rodin sur le mouvement dans l’art. Le mouvement, expliquait Rodin, c’est une image où les différentes parties du corps (jambe, torse, bras, tête ) sont prises chacune à des moments successifs, une image qui figure donc le corps dans une attitude qu’il n’a eue à aucun moment. Rodin prenait pour exemple La Marseillaise, bien sûr, mais aussi, et surtout, le Maréchal Ney (de François Rude), cet “ homme qui marche” à la victoire, avec le bras et le cri légendaires. De cette métamorphose ( dès le début de notre siècle, Rodin emploie ce terme aujourd’hui tant à la mode ), Rude avait déjà pleine conscience. Et c’est ainsi qu’il avait dépassé l’académisme et le réalisme traditionnel. Il enseignait à ses élèves qu’ils ne devaient pas se laisser effrayer ou écraser par la tradition, qu’ils étaient la vraie tradition, c’est à dire l’émancipation dans la vérité. |
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| Il me semble que Charles MACHET se rattache à cette vraie traditon si peu traditionnaliste. Il n’est pas figé dans un système, une manière. Que de grands artistes se sont perdus parce qu’ils avaient trouvé un procédé rentable ! “ Il faut être continuellement en recherche” nous dit MACHET. Le mot d’ordre même de la Jeune sculpture. | |
Le
thème sportif*****, le thème religieux (il y a ici un beau
Saint Jean-Baptiste ), occupent
certes une grande place dans son œuvre. Mais MACHET est surtout un
étonnant collectionneur, un chasseur de visages. Et je pense à
une autre leçon de François Rude : il recommandait d’étudier
à la lampe une statue antique, la Vénus des Médicis.
En faisant varier l’angle d’incidence de la lumière,
on trouve, assurait-il, toute la mythologie sur cette figure en apparence
si unie : “Le dedans s’anime en y regardant de près”,
disait-il. Le dedans dans tous les sens du mot. Pas seulement la mythologie,
mais aussi la psychologie. Pas seulement le muscle mais aussi la pensée.
Il ne s’agit pas pour le sculpteur de rendre la peau, il s’agit
d’explorer intégralement la nature humaine.
Rodin également parlait du corps humain comme du miroir de l’âme,
et de la “flamme intérieure qui semble l’illuminer par
transparence” . Comme les grands maîtres, MACHET voit au-dedans.
Laissons-le s’exprimer lui-même : |
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| “ Une impression de vie intérieure se trouve enfermée dans la surface matérielle. L’art suggère, évoque, fait comprendre en faisant éprouver” . Et ailleurs : “ Il faut que l’œuvre soit habitée. Que la sculpture devienne présence, et non objet de plus ou moins grande dimension. Que cette présence par son rayonnement s’impose, violemment ou lentement ; qu’elle oblige celui qui l’a découverte à l’intimité d’un être aimé… Il est évident que c’est dans la réalisation d’un portrait que mla joie est la plus profonde. Un portrait, c’est une aventure psychologique, c’est une aventure scientifique, c’est une recherche architecturale…” | |
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N’a-t-on
pas dit qu’à quarante ans un homme est responsable de son
visage. La personnalité transparaît. Voici Emmanuel
d’Astier de la Vigerie, Et me revient
en mémoire le poème de Gautier : |
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Les
jeux de la lumière sur le matériau composent une symphonie
de sentiments où communient le modèle et l’artiste.
Un artiste et un art discrets, distingués, tendrement passionnés.
Sans calcul, l’instinct et le tour de main retrouvent le nombre
d’or. Et le nom de ce Bugiste naturalisé Lyonnais s’inscrit dans la liste de ces sculpteurs avec qui nous dialoguons à travers les siècles, dans la lignée qu’ont illustrée Coysevox, les frères Coustou, Chinard, célèbre par son buste de Julette Récamier… |
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Fernand RUDE |
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* Le deuxième
degré du Concours est en janvier 1947. A partir de cette date,
commence un long travail de préparation : réalisation de
3 maquetttes au 5°, fixation du lieu d’ancrage de la statue
recherche de carrière ( ce sera Brouzet-les-Alès qui offre
un granit calcaire beige). L’extraction a lieu l’hiver 1949-50.
Les blocs sont transportés à la carrière de Vilereversure,
où ils sont épannelés, dégrossis. La mise
en place des blocs, grâce à des chèvres
(les tubulaires n’existant pas à cette date) est achevée
fin juillet 1950. La taille proprement dite commence début août,
elle est achevée pour le 1° novembre. La pierre travaillée
dans l’année d’extraction sue, c’est à
dire que, avec l'évaporation de l'eau présente dans la pierre,
il se forme du calcin, une couche protectrice qui assure
la pérennité de l’œuvre aux prises avec les intempéries,
en particulier avec des sauts de température très importants
au Val d’Enfer. L’artiste forme équipe avec trois sculpteurs
en cours d’études à l’Ecole des Beaux-Arts de
Lyon ; il y a trois tailleurs de pierre. Lui-même taille entièrement
le visage, la chevelure, et certains points, marqués dès
le premier jour, où seuls quelques centimètres de pierre
sont à enlever. Bref l’expression 10 mois…
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Actualités 2002
Musée
du Bugey-Valromey Lochieu (Ain)
Exposition temporaire (1 avril - 1 novembre 2002)
Charles Machet sculpteur 1902-1980
Lochieu est
un village situé au pied du Massif du Grand Colombier. Le musée est installé
dans une maison Renaissance datée de 1561.
Il propose de nombreux témoignages de l'histoire et de la vie quotidienne
en Bugey-Valromey du dix-huitième siècle à nos jours… Il présente ses
collections et de plus chaque année, il accueille une exposition temporaire
pendant 7 mois, du printemps à l'automne avancé.
Un parcours propose une redécouverte de l'œuvre de Charles Machet, sculpteur originaire de l'Ain, au travers de portraits en pierre, en plâtre patiné, en bronze et en bois, ainsi que des œuvres et documents illustrant la recherche et l'évolution de son travail, qu'il soit monumental ou intimiste.
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Actualités
2003
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Curieux
comme le cobaye apprivoisé, qui courait dans l'atelier et venait au sifflement, alors venez. Il vous attend |
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CHARLES MACHET
Hôtel de Ville de LIMONEST
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l'Exposition
est sous le signe
de la Porteuse d'eau |
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| Lyon et ses personnalités sont là, dont : | |||
Anne-Marie
Gugliermina |
La belle Hélène |
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Joseph
Folliet |
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Jean-Jacques
Lerrant dit J.J.L |
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Marcel
Rivière |
André
Mure
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Portrait
78
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Patoun |
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La visite se prolonge à l'église de Limonest
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Mise à jour mars 2003
Association
Initiatives pour l'Oeuvre de Charles Machet :
ASSIOMA
Statuts
Article
3 : L'Association a pour but de valoriser l'œuvre de l'artiste, en contribuant
à le faire connaître au public le plus large possible et à l'insérer dans la
création contemporaine. Elle assure la coordination avec les institutions et
organismes régionaux, nationaux et internationaux intéressés.
Article 5 : Les moyens d'action sont tous ceux qui concourent à la mise
en œuvre des buts définis dans l'article 3. En particulier l'Association sera
financée par la cotisation des membres adhérents, par des subventions privées
ou publiques qu'elle pourrait obtenir. Elle est habilitée à se constituer un
fonds de réserve. Article 6 : L'Association comprend des membres fondateurs,
des membres actifs, des membres correspondants.
Article 8 : L'Association est administrée par un Bureau élu pour trois
ans. Le Bureau se renouvelle par tiers tous les ans.
Article 9 : L'Assemblée générale annuelle est convoquée au moins quinze
jours à l'avance par lettre simple ou avis de la presse (…) Elle pourvoit éventuellement
au renouvellement des membres du Bureau.
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Bulletin
d'adhésion à l'ASSIOMA ou de demande d'information
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| L'adhésion
est valable pour un an A retourner à l'adresse de l'ASSIOMA, 18 quai Romain Rolland 69005 LYON |
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| Adresse | Tél. |
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| Remarques et suggestions : | |
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(1) Je désire prendre (ou renouveler) mon adhésion et je joins un chèque
de 15 € au nom de l'ASSIOMA (1) Je n'adhère pas pour le moment mais je souhaite continuer à être informé régulièrement sur les activités de l'ASSIOMA |
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